2 MOIS

5 MOIS

 

 

2 ans

Je suis né le 5 octobre 1990. Un jour, un couple inconnu est venu chez moi : j'étais coincé dans un panier avec mon frère aussi gros que moi qui pleurait et je voulais absolument sortir de là ! La dame m'a regardé en disant : " je prends celui-là, il a du caractère ". Tu parles, je voudrais bien la voir si on la privait de sa liberté !

A 2 mois, j'ai compris que j'avais un nouveau foyer : le bonheur ; une grande maison, des enfants, un terrain de jeu et en cadeau une copine de mon âge. J'étais bien décidé à vivre heureux et longtemps dans cette famille.

Pendant ma croissance, ma maîtresse m'examinait souvent et hochait la tête d'un air bizarre. Le vétérinaire la rassurait : " c'est un gros gabarit, laissez le manger, rajoutez encore des vitamines, s'il boite, c'est normal, la race veut ça !..." Mais je sentais bien une inquiétude et je n'aimais pas cet homme.

De temps en temps, j'étais un peu triste car toute la famille partait en promenade en me laissant seul à la maison. On me consolait alors : " tu sais bien que tu ne peux pas marcher si loin, tu vas te fatiguer ". Pourtant à 1 an, je me sentais fort mais 1 heure de marche, quelle galère !

Super année 92, on me bichonnait, me peignait pour les expositions. Il est vrai que j'étais un peu lourdaud et que les tours de piste me paraissaient bien longs mais les coupes remportées prouvent que je faisais l'admiration de tous.

Et puis un courrier est arrivé qui s'intitulait " Résultats de dysplasie coxo-fémorale", je n'aurai jamais imaginé qu'une simple lettre de l'alphabet puisse faire pleurer ma maîtresse. Il fallait que je sois souvent là pour la consoler

A la fin de l'année, c'est elle qui me remontait le moral car mes pattes arrières étaient décidemment bien lourdes à bouger. J'ai vu un autre vétérinaire, alors là, le coup de foudre ! Il avait droit à mes bisous baveux et à ma papatte à chaque visite ( et elles ne manquaient pas). Les nouveaux médicaments m'ont fait du bien puis d'autres pilules, puis des piqûres ... Pendant quelques mois, les promenades ont pu reprendre mais pas les expos.

L'hiver approchant, mes " vieilles" douleurs sont revenues et en plus ma patte avant droite ne voulait plus m'aider. c'était pratique de marcher sur des pattes douloureuses !... Aussi, avais-je décidé de ne plus me lever que pour la petite promenade, la gamelle, le bonjour aux enfants le matin et le retour de mon maître le midi. J'enviais les copains qui jouaient autour de moi et courraient comme des fous après la balle mais j'étais privilégié puisque ma maîtresse venait souvent me parler et me caresser mais je ne comprenais pas pourquoi elle repartait toujours avec les larmes aux yeux.

L'hiver 93 est humide, les médicaments n'ont plus d'effet, je ne boitille plus que pour aller manger. Je me sens bien fatigué et je reste toute la journée allongé.

Aujourd'hui, 13 janvier 1994, mes maîtres m'emmènent en voiture, je suis heureux car les sorties devenaient rares mais eux ne semblent pas enchantés de cette escapade : quel silence dans l'auto !...

Je retrouve mon ami le vétérinaire qui m'examine entre deux léchouilles : j'ai perdu l'usage de mes pattes mais pas ma gentillesse.

Pourquoi devient-il aussi triste à son tour ?

Pourquoi tout le monde pleure alors que cette piqûre va arrêter mes souffrances ?...........

 

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